jeudi 28 février 2008

Poitiers dit non ?

Rue89 a attiré mon attention sur cette affaire d'affectation à Poitiers d'un professeur d'Histoire du Droit qui fut président d'un groupuscule d'extrême droite. Récompensé du titre de major au concours de l'agrégation, il bénéficie maintenant de la possibilité d'enseigner à l'université, ce qui hérisse les poils de pas mal de monde.
Ainsi, le MJS 86 et Razzy(e) Hammadi (toujours à la pointe) ont signé la pétition "Poitiers dit non", qui s'oppose à cette décision, et qui a été initiée par un communiqué de l'université témoignant sa « vive inquiétude ».

Je ne vais pas tourner autour du pot : je trouve cette levée de boucliers particulièrement choquante. Ce mec a été condamné, il a été amnistié, il a passé avec succès un examen difficile... au nom de quoi devrait-on lui appliquer une telle double peine, principe contre lequel la Gauche s'est toujours battue, et refuser son affectation ?
S'il a atteint ce grade, c'est quand même qu'il arrive à faire la part des choses entre ses convictions et le contenu de ses cours... Et si jamais ce n'était pas le cas, ce qui serait une surprenante déclaration d'immaturité pour un agrégé, je suppose que le système universitaire contient suffisamment des garde-fous pour le déchoir de son titre ! Il s'est repenti, s'il fait une connerie, il sera sanctionné, en attendant, laissons lui sa chance.

Si la liberté d'expression a des limites législatives, la liberté de penser non. Et vu son diplôme, je crois qu'il connaît pertinemment l'étendue de ce qu'il peut dire et de ce qu'il ne doit pas dire.

jeudi 7 février 2008

La Gauche la plus bête du monde ?


J'ai eu la chance de pouvoir me procurer la prose de Razzy(e) Hammadi et de Claude Villers (l'ex-président du Tribunal des Flagrants Délires), à sortir le 14 février, « un pavé dans le marigot socialiste » dixit la présentation de l'ouvrage.
Claude Villers y expose sa profonde déception vis-à-vis de la Gauche, pour laquelle il ne vote plus que par habitude, et s'entretient avec Razzye, qui l'a séduit pour avoir « [voulu] secouer la torpeur ».


Notre ancien patron affirme dès le début que son but n'est pas de « faire exploser le PS », comme les médias aimeraient qu'il fasse, mais de se demander ce qui peut bien avoir « fait douté un Claude Villers de son engagement à nos côtés ». Noble intention, malheureusement écornée quelques pages plus tard quand il dénonce et nomme les responsables de l'inaudibilité du PS : Laurent Fabius, Ségolène Royal, Manuel Valls. Heureusement, seules quelques piques à Ségolène Royal alimenteront ses critiques personnelles, bien qu'il n'hésite pas à critiquer les instances du PS. Seul François Hollande est véritablement épargné par sa plume, retour de bonne grâce.


Dès le début, on peut s'amuser à repérer les inspirations de Razzye, par exemple celle de Kenneth E. Boulding, qui pensait que « toute personne croyant qu'une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste », ce à quoi notre ex semble adhérer : « on ne peut rester sur un modèle de croissance infinie dans une planète où les ressources sont disponibles en quantité finie » ; ou encore celle de Sénèque, auteur du fameux : « ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas les faire mais parce que nous n’osons pas les faire qu’elles sont difficiles », qui devient : « ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous ne les affrontons pas. C'est parce que nous ne les affrontons pas qu'elles nous semblent impossibles. »


En gros, son discours est assez cohérent et je suis globalement d'accord.
Soudain, c'est le drame ; Razzye a du tomber sur le numéro du Temps des Conquêtes pré-congrès, et on lit : « la gauche a cessé de faire peur aux bourgeois, elle les fait rire » (en septembre, c'était « la Gauche ne fait plus peur aux bourgeois, elle les fait rire », subtile évolution), perche que Claude Villers saisit vigoureusement : « parce qu'elle a pris leurs tics, parce que les gens du PS viennent de la droite bourgeoise ». Je maintiens ce que j'avais dit à la rentrée, et je m'attriste de ce discours prolétaire selon lequel on devrait faire trembler la classe moyenne. Et la réaction du journaliste est une énormité suffisamment grosse pour mériter d'être soulignée.
D'ailleurs, je dois bien dire que ses questions m'interpellent parfois : « Il y a beaucoup de gens qui attendent que quelqu'un leur parle dans leur langage. Qui parle le langage de la rue, des bistrots ? [...] Est-ce que les députés actuels représentent le peuple ? ». M'est avis que s'il devait y avoir des prérequis ou des compétences indispensables pour être député, parler le langage de la rue et des bistrots n'en ferait pas partie.
Villers dénonce aussi l'extension de la société de consommation, en prenant un exemple un peu malheureux : « même sur une chaîne publique, payée avec les deniers publics [...], on voit une météo sponsorisée. » Comme l'a révélé l'annonce de supprimer la pub sur France Télévision, la redevance ne suffit largement pas, en effet, à assumer les coûts inhérents à la gestion d'une chaîne de télé. Alors que si la redevance avait augmenté pour offrir une météo indépendante, avant la suppression des réclames, nul doute qu'il aurait été un des premiers à hurler à l'escroquerie des plus pauvres. On se demande à quelques occasions s'il ne serait pas un peu à la masse !


Une petite dose de bataille culturelle, pas mal de « travailler moins pour vivre plus », on est dans les rengaines classiques de Razzy(e) Hammadi. À propos, je trouve toujours cette conception de la réduction du temps de travail simpliste. Défendue par les deux intervenants, elle consiste à dire qu'il faut travailler moins pour pouvoir faire d'autres choses plus "épanouissantes" qui seront meilleures pour nous. Sans considérer un instant qu'un emploi puisse être très enrichissant et particulièrement intéressant, voir même une motivation pour vivre, ils décrètent que c'est meilleur pour nous de ne pas travailler. L'impression d'être utile, aimer ce qu'on fait, ces détails sont rangés au placard. À les lire, on croirait que le bonheur se limite à regarder la télé, à passer du temps avec sa famille, et à aller au musée. C'est indispensable, oui, mais ça ne peut pas suffire. En tout cas, certainement pas à tout le monde.
À titre personnel, je ne souhaite pas « marcher vers les 32h » comme il le prône, puisque j'espère avoir plus tard un métier intéressant auquel je souhaite consacrer (bien) plus que ça. Mais contrairement à ceux qui se prononcent aveuglement en faveur de cette idée, j'entends ceux qui parlent des métiers les moins intéressants et les plus pénibles. C'est pour ça que je défend le compromis, entre le "tout-travail" de l'ère Sarkozy et le "travaillons le moins possible" de Razzy(e) Hammadi. Que ceux qui ne font pas ce qu'ils aiment puissent vivre sans travailler plus, mais que les autres puissent s'épanouir librement dans leur activité. Les heures supplémentaires sont approchées dans cette optique par le tandem : elles n'existent que par nécessité de gagner plus, absolument pas parce que 35h dans une branche attrayante, c'est éventuellement peu. Je regrette que le travail soit abordé uniquement en tant qu'aliénation (du méchant capital).


Le reste du livre évoque les enjeux politiques nationaux principaux, la sécurité, la justice, la santé, l'éducation, et c'est plutôt intéressant dans l'ensemble. Rien de bien transcendant, mais c'est une bonne réflexion sur la situation de la gauche aujourd'hui, si on omet quelques points comme ceux que j'ai soulevé précédemment. Son passage sur la laïcité m'a fait très plaisir, tandis que son plaidoyer en faveur du Non à la constitution m'a irrité les capillaires.


Petit bonus pour le passage « dans ma ville d'Orly », qui m'a fait sourire ; Orly n'est sienne que depuis début novembre, tout de même.


Bref, pas mal, même si 15€ pour ça, ça chiffre (un peu). Sortie le 14 février...

jeudi 10 janvier 2008

Rétention de sûreté

La loi sur la rétention de sûreté a été adoptée par l'Assemblée Nationale. Après l'accomplissement de leur peine, les criminels les plus dangereux pourront être déclarés particulièrement susceptibles de récidiver et, pour cette raison, internés dans des centres spécialisés (n'existant pas encore).
Badinter s'en offense, d'autres non. Certes, ces individus peuvent être dangereux pour la société. C'est en cette qualité qu'on les retiendra au-delà de leur peine, éventuellement jusqu'à leur mort. Cependant, j'ai du mal avec cette loi...


Tout d'abord, si l'on souhaite conserver une personne en prison après sa peine, c'est car elle risque de récidiver, et que ses actions passées nous font nourrir les pires craintes à propos de celles qu'elle risque d'accomplir une fois libre. Mais alors, si on s'autorise à emprisonner des gens pour ce qu'ils risquent de commettre, il n'y a plus aucun obstacle moral à la rétention d'une personne jugée susceptible de refaire du mal, même après avoir acquitté sa dette vis-à-vis de la société, mis à part l'appréciation du législateur ! Qui, par exemple, vient de décider que cette rétention de sûreté pourrait s'appliquer à tous les auteurs de crimes sur mineurs, alors qu'il faut que ces actes soient aggravés si ils ont eu lieu sur un majeur. Éolas (qui mène d'ailleurs une remarquable critique sur la forme de la loi), avance qu'on ne peut pas laisser ces criminels en liberté « au nom de bons sentiments ». C'est pourtant du sentimentalisme que de décréter que l'auteur d'un crime sur enfant mérite plus qu'un autre de subir cette rétention de sûreté ! Allez demander à la famille d'une victime adulte si son agresseur est moins dangereux parce qu'il a tué quelqu'un de plus de 18 ans.
C'est ouvrir une terrible boîte de Pandore que d'autoriser la détention préventive. Je ne parle évidemment pas d'une apocalypse à venir (arg, je ne suis pas digne de ma carte MJS), mais rien n'empêche le gouvernement, au prochain fait divers impliquant une récidive, d'étendre le champ d'application de cette loi.
Quelles seront les limites ? C'est exactement la même logique que dans le cas d'un cambrioleur venant d'être libéré qui recommence ses visites nocturnes, et qui aurait pu rester en prison au-delà de sa peine si on avait constaté que le regard du voleur était toujours présent dans ses yeux.
On envisage de retenir les auteurs de meurtres aggravés, parce que le risque de préjudice est trop important. Il ne s'agit, au fond, que d'une appréciation du "préjudice trop important", propre à chaque personne. Dans l'état, les assassinats et les crimes sur mineurs en font partie. Mettons que moi (je suis très conservateur), je trouve qu'il y a difficilement pire que le trafic de drogue. Et je pense qu'un vrai voyou, une vraie racaille, n'aura pas raccroché après 10 ans à l'ombre, et qu'aussi, pour éviter de donner des armes à l'industrie souterraine, on devrait le garder jusqu'à son repentir sincère. Qui sait, peut-être que le prochain garde des sceaux sera de mon avis... Ce sera si facile d'étendre le champ d'application de la loi. Il suffit que la vision du préjudice trop important change aux yeux du pouvoir (un cambriolage, quand même... c'est grave, et ça peut ruiner une famille).


Ça c'était la partie morale. Maintenant, dans les faits, peut-on laisser un meurtrier présentant tous les signes prémonitoires de la récidive sortir après 23 ans derrière les barreaux ?
On est tentés de répondre « non ». Mais garder une personne en prison, éventuellement à perpétuité, pour quelque chose qu'elle n'a pas commis, c'est la priver de sa vie. Et nous avons aboli la peine capitale : n'est-ce pas revenir sur un acquis majeur que d'instaurer une mesure visant à enfermer quelqu'un à vie sur une présomption (d'où la position de Robert Badinter, peut-être) ?
À noter que je ne m'insurge pas contre le principe des lourdes peines, que les juges choisissent quand elles sont nécessaires, mais contre une privation totale de liberté qui n'est pas destinée à sanctionner un acte avéré mais à prévenir une éventuelle rechute.
D'ailleurs, il y a pas mal de personnes potentiellement dangereuses dans la vie, et il serait naïf de croire que des criminels emprisonnés depuis 20 ans sont les pires. La différence entre une personne vierge de reproche mais très suspecte aux yeux de ses proches ou même de son médecin, et un meurtrier emprisonné n'ayant pu faire de mal à personne pendant 20 ans mais déclaré à risque par un expert n'est pas si évidente... Sauf que ce dernier risque de passer sa vie en prison.
L'argument de l'application de ces dispositions à une « infime minorité », repris par Philippe Bilger dans l'article lié au début de ce billet, n'est qu'une justification. La peine de mort, dans ses 10 dernières années, n'a concernée que 6 criminels. Plus infime comme minorité, je sais pas si c'est possible, et pourtant.
Certains diront qu'en libérant ces personnes, si on ne les prive pas de leur vie, on met en jeu celle de quelqu'un d'autre, innocent qui plus est. Pourtant, il existe à ma connaissance des dispositifs de surveillance en direct (bracelet électronique) ou des mesures préventives (pilules anti-libido pour les criminels sexuels), qui prendraient tout leur sens dans ces cas. Je ne suis pas pour jeter dans la nature des meurtriers dont les experts jugent qu'ils pourraient récidiver. Cependant, il est impossible de soutenir un emprisonnement à durée indéterminée basé sur la dangerosité évaluée d'une personne, qui a déjà subi une très lourde peine.


C'est la solution de la facilité, et certainement pas celle de la justice, que d'emprisonner les malfaiteurs dont on craint la récidive. Ça me fait penser aux lépreux, qui étaient enfermés car dangereux pour les autres, au lieu d'être aidés.
Enfin, cette loi soulève des problèmes d'ordre pratique... Que dira-t-on à l'expert ayant autorisé la libération d'un criminel après la récidive de ce dernier ? Comment gérer des personnes se sachant pertinemment enfermées jusqu'à leur mort, et n'ayant, littéralement, rien à perdre ?

Mais bon, d'après Éolas, ce texte ne pourra être appliqué au minimum que dans 12 ans. Y a le temps.

lundi 31 décembre 2007

Une France enfumée

Je sors de ma torpeur à durée indéterminée (TPI, qui sera bientôt requalifiée en torpeur unique, TU, mais ce n'est pas le sujet), pour parler un peu de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, louée un peu partout... sauf par nos amis de la Haute-Vienne.


En gros : l'État a fait preuve de totalitarisme et est en contradiction avec son discours sur le pouvoir d'achat. On passera sur le petit détail du changement de gouvernement depuis l'adoption du décret, pour s'interroger rapidement sur cette mesure si diabolique.


Déjà, État totalitaire, car vu que fumer est un droit, enfumer est un devoir ?
Je suis le premier à déglutir quand on compare le gouvernement au régime de Vichy pour ses décisions, quelles qu'elles soient, alors quand on le dit totalitaire car... les fumeurs n'auront plus le droit de décourager les poumons propres d'aller au bar, je saute sur place et démembre un oursin ! C'est une question de santé publique et de confort, mais bien sûr, un fumeur ne peut pas comprendre. Il ne sait pas qu'il lui suffit d'être le seul avec une clope au bec dans un bar pour gaver tout le monde.
Pourtant, le fumeur a un point commun avec les poumons propres : il n'apprécie pas le bruit que fait son voisin. D'ailleurs, comme les non-fumeurs, il n'a rien contre les trois passions de son riverain, le didgeridoo, le hard-rock et les amplis. Le fumeur souhaite seulement ne pas profiter de ces passe-temps qui ont plus tendance à lui coller la migraine qu'à le mettre en transe. Et le fumeur est assez soulagé d'être épaulé par la législation, et de ne pas avoir à endurer des hurlements aborigènes dus à une pratique musicale incontrôlée. Le fumeur aime bien son voisin, du moment qu'il ne partage pas ses symphonies en bruit mineur.
Alors pourquoi le fumeur (pas tous, ceux du style jeremie, l'auteur de la prose du 81) ne comprend-il pas que sa cigarette est un didgeridoo en puissance ? Sa fumée est le gémissement de l'instrument ; ses conséquences ne sont pas les migraines, mais les cancers. Et imposer sa pratique de la nicotine aux autres consommateurs est aussi respectueux que si je me ramenais avec une cornemuse et essayait d'interpréter Star Wars dans le café !
La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres, et la mienne commence dans les lieux publics. À celui qui brandit sa liberté de s'intoxiquer n'importe où et d'intoxiquer n'importe qui, je lui répond que ma liberté de respirer, ne pas attraper de cancer et de ne pas avoir d'asthme est infiniment supérieure à son petit plaisir immédiat, superficiel et artificiel.


Je ne vais pas critiquer le recours de l'auteur du 87 à l'ironie, je serai un peu en porte-à-faux, mais son interrogation sur le maintien de la vente des cigarettes est sans doute plus idiote que fine. Supprimer ces « bombes à retardement » ferait exploser l'économie souterraine d'une manière (actuellement) incontrôlable, et si elles n'étaient plus vendues, comment compenserait-on l'interdiction de l'euthanasie ?
Comparer à l'alcool, c'est n'avoir rien compris au problème : l'État est libertaire, il te laisse te droguer et bousiller tes alvéoles pulmonaires, mais souhaite juste t'empêcher de faire de même à tes concitoyens. Et l'alcool ne se répandant pas dans l'air (enfin, certaines espèces, si, mais il paraît qu'il faut éviter de les boire), l'État, dans sa grande magnanimité, t'autorise à t'en remplir le sang dans les bars. Par contre, il t'interdit de mettre le goulot de ta bouteille sur la bouche de tes voisins de table en leur pinçant le nez, ce que tu pourras regretter, appréciant apparemment leur faire respirer ta fumée ; mais rappelle-toi, on est dans un pays totalitaire.


Le deuxième argument brandi par nombre d'opposants à la loi et repris par ce rédacteur haut-viennois, c'est la suppression de 3000 emplois inhérente à la fermeture des bars à narguilé. Il s'agit apparemment d'un oubli du législateur, que personne ne semble vouloir rectifier. Cependant, il faut bien comprendre que formuler cette exception, c'est en réalité autoriser des bars "tout fumeur" à exister. Ce qui n'est pas prévu par la loi, et on le comprend aisément : comment assurer le succès d'une mesure en prévoyant dès le départ que certains pourront s'y soustraire ? Dans les zones peu équipées en cafés, comment assurer l'alternative non-fumeur quand le bar du coin s'est auto proclamé fumeur ?
La décision ne prévoit donc pas d'exception. Et délivrer l'autorisation de fumée (oui, é-e) à certains bars juste car ils se disent bars à narguilé, c'est pousser certains gérants à se réclamer de cette catégorie, afin de récupérer une clientèle fumante peu encline à changer ses habitudes, même si en échange il faudra acquérir une pipe à eau. C'est pousser à la fraude, en tout cas dans une période de transition où chaque barman craint de perdre ses clients fumeurs. Et que le petit plaisantin qui suggère d'autoriser de fumer uniquement la chicha dans ces lieux aille postuler au concours de la proposition de loi la plus inapplicable. Autoriser les exceptions, c'est tuer l'essence du décret.
Puis c'est également instaurer une inégalité entre bars classiques et bars de ce type, ces derniers ayant en effet une chance unique de piquer les consommateurs aux poumons noirs aux autres cafés. Enfin, cette loi annonce également des efforts importants dans le domaine de la santé publique, et autoriser une pratique autrement plus dangereuse que la cigarette dans des lieux publics n'aurait guère de sens.
Ceci dit, il est assez aberrant que rien ne soit prévu pour aider les travailleurs du secteur, livrés à eux-mêmes après le 2 janvier.
Mais quand je vois sur Rue89 le président de l'Union des Professionnels du Narguilé déclarer : « on a un million de clients en France, on leur a dit votez UMP », je sèche mes larmes et passe à autre chose. Cigarette, on te regrettera. Ou pas.


Bonne année au fait !

mardi 27 novembre 2007

Solidarité Bourbonnaise

Ce blog soutient officiellement les déchus de l'Allier. Ils sont mieux placés que moi pour parler de ce qui c'est passé, mais en (très) résumé, une liste s'est présentée contre eux le jour de l'AG de vote, avec à sa tête et parmi ses membres des militants qu'ils ne connaissaient pas... et qui ont remporté l'élection.


Éthiquement c'est du n'importe quoi, mais je me pose quelques questions statutaires. D'après l'article 24.1 :


La liste des adhérents admis à voter dans la fédération est identique à la liste du congrès national.

Or les démissionnaires rapportent que « la tête de liste, Pierre Louis Rolle, ne figurait pas sur la liste d'émargement du congrès trois semaines plus tôt ».
Le nouvel animateur fédéral n'aurait pas donc pas du être autorisé à voter... D'autant plus que les adhérents capables d'exercer ce droit n'ont pas besoin d'une légitimité particulière, l'ancienneté suffit : il leur faut être « en possession de leur carte MJS à jour depuis au moins 3 mois ». Ce Pierre Louis ne possédait donc pas sa carte MJS dans l'Allier en août, sauf erreur le mois dernier, et en est devenu Animateur Fédéral ! D'ailleurs, mais c'est sûrement un homonyme, ce serait beaucoup trop gros, il y a un socialiste nommé Pierre-Louis Rolle à l'Institut d'Études Politiques de... Lille ! Le même, signant une pétition en faveur du vote papier, indique être du 59 (Nord), pas du 03, et son parcours sur Copains d'Avant ne montre aucun ancrage ou attachement familial au département.
Revenons à nos histoires. Je ne sais pas qui a présidé la séance, mais d'où venait cette nouvelle liste d'émargement modifiée alors qu'elle n'aurait pas du l'être ?
Éventuellement du National car, toujours selon les statuts :


La liste des votants est publiée par le BN 15 jours avant le vote.

C'est donc cette instance qui a pu décider d'ajouter quelques personnes, contre ce que stipule l'article 24... On peut imaginer que le nouvel AF ait été lésé par le BN, qui a rectifié son erreur. Curieux tout de même que ç'ait également été le cas de plusieurs adhérents fraîchement débarqués.
Et puis, comment expliquer que l'ancien animateur fédéral ne les connaisse pas, alors que d'après l'article 10.1, « toute demande d’adhésion est transmise à l’Animateur fédéral » ? Reformulée, cette question devient « comment le Bureau National, qui a publié la liste des votants, a-t-il pu considérer comme adhérents des gens qui n'avaient pas été présentés à l'AF, et donc validés ? »


Toutes ces interrogations et ces doutes justifieraient à mon sens que le vote soit annulé, pour mettre au clair ce flou statutaire, et en tout cas soulignent d'importantes lacunes dans les règles du MJS...

samedi 24 novembre 2007

Leave Manuel alone !

Il est de ces modes que seule la mode explique. « Refondation » par exemple est très prisée en ce moment. On a aussi « Manuel Valls est un pourri de social-traître », qui séduit beaucoup les bloggueurs de gauche.
Chaque mode a un évènement déclencheur, qui fut pour cette dernière l'interview du personnage dans le Figaro fin août.
Réactions en chaîne, qui permettent de manière intéressante d'aborder un peu tous les sujets.


Accusation, quels sont les faits ?


Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité, à condition qu’elle nous entende, sur des sujets qui peuvent faire consensus. Je pense aux moyens qu’il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration.

Formulation bien maladroite, dont les Manuel-basheurs se lèchent les babines :


« Le durcissement de la justice, les droits étendus donnés à la police, et la traque aux sans-papiers, pour Manu, no problemo : il kiffe. Grave. »
Comprendre une volonté de durcir la justice dans cette déclaration est au minimum une erreur de lecture, sinon une démonstration de mauvaise foi. Je lis "les moyens qu'il faut donner à la justice", or la science de la compréhension du français étant à peu près universelle, j'ai du mal à voir comment une telle erreur d'interprétation est-elle possible. Mais en effet, l'intention de donner plus de sous à nos magistrats peut, et c'est tant mieux, faire consensus.
Les droits étendus donnés à la police, outre le fait que ce ne soit pas le sujet de l'intervention du socialiste, sont ensuite mis sur le même plan que la traque des sans-papiers dont on devine le mal que l'auteur pense. Ah oui, on est chez un militant LCR : la police, c'est l'anti-justice, des skinheads qui cherchent seulement à casser du Beur et abuser de leur autorité, hein ? C'est pour ça que leur donner plus de droits (même si je ne sais pas desquels parle-t-il) serait une hérésie. Pourtant, CSP, auteur de cette diatribe, n'aurait pas craché sur des "droits étendus" aux immigrés. À la police, si. La police ! L'autorité ! Quelle horreur. Il finit sur la traque des sans-papiers. La tournure de la phrase n'est pas flatteuse, mais en effet, Valls pense que notre pays n'est pas capable d'accueillir tout le monde : « il faut donc assumer une politique de reconduite aux frontières dans le respect du droit et des personnes ». On peut transformer ce point de vue, passer de "reconduite" à "traque" parce que c'est plus marquant, mais il est bien rapide de coller l'étiquette "UMP" sur le fond, la pensée originale de Valls, pour éviter tout débat sur ce point. Ce n'est de toute façon pas ce qu'il déclare au Figaro, on dérive...
Mais CSP, comme ceux qui vont suivre, oublie le début de la phrase qui comporte une exigence préalable à ce consensus : « à condition que la majorité nous entende ». Quand on veut taper, mieux vaut oublier les passages qui ne disent pas ce qu'on souhaite entendre.


« Manuel Valls veut faire un bout de chemin avec eux? c'est impossible. Tout d'abord, cela se ferait sur leurs idées néo-cons. »
On retrouve un peu le « MoDem ? impossible, MoDem = droite », le blocage de principe. C'est le mot consensus qui provoque de l'urticaire chez certain, l'idée de ne pas constamment s'opposer à la majorité étant relativement nouvelle. Gageons que le temps aidera.
Mais ça n'est pas très sérieux, alors on trouve une explication : l'accord prôné par l'interviewé ne pourrait se faire que sur leurs « idées néo-cons ». Il aime la douleur, pour vouloir des convergences dans des domaines ou la majorité est "conne", c'est ça ?.. Oui, selon l'auteur du billet, qui écrit ensuite que Manuel Valls veut rejoindre le « goret fou furieux Hortefeux » (tout est dans la modération). Notre socialiste sur le bûcher écrit pourtant que « le projet de loi Hortefeux nie le droit de la famille, remet en cause les fondements de nos lois bioéthiques et assimile l'immigré à un délinquant ». Et il ne pense sûrement pas moins de la politique de reconductions chiffrées du ministère. Mais il est facile de prêter à quelqu'un les intentions qui nous arrangent en se basant sur une de ses citations, après avoir pris le soin de la retourner dans tous les sens. L'auteur manie ce procédé avec, il faut le reconnaître, une habilité certaine. Valls devient ainsi soutien de la méthode de Sarkozy : « il faut effrayer le bon peuple, faire naître des peurs, dénoncer des boucs-emissaires, flatter le populisme ». Ça c'est du raccourci, et du bon.


« Faire un bout de chemin avec la droite, mais la candidate de notre parti l’a déjà fait, triple couillon, en abordant des thèmes totalement étrangers à notre philosophie, en nous faisant chanter “La Marseillaise” dans ses meetings, ou quand certains de nos propres militants préféraient le drapeau français au nôtre, dans la rue et lors des actions. »
Où l'on apprend que chanter La Marseillaise, c'est faire un bout de chemin avec la droite, ainsi que de s'approprier le drapeau Français. Ah quand même. Apparemment, aimer son pays ne convient pas aux standards socialistes. Aux standards de Maxime Pisano, osé-je espérer.


« Faut-il en déduire que les députés socialistes sont invités à voter les lois répressives de Rachida Dati, peines planchers et enfermement maximum, sans politique préventive et sans moyens ? »
Si Clémentine HAutain souhaite jouer à Simplet, sans aucun doute. On retrouve l'art du raisonnement commun à tous ces détraqueurs, qui atteint ici sa splendide apogée : passer de « il faut donner des moyens à la justice » à « les députés sont invités à voter les lois [sur la justice] sans moyens » relève d'une maîtrise incontestable des déductions fallacieuses.


Accusation, quoi d'autre ?


Nous devons dire également que le travail est une valeur, que nous ne sommes pas favorables à une société de l’assistanat. Nous devons être aussi le parti de l’entreprise et des entrepreneurs, créateurs de richesses.

Travail, assistanat, entreprise, richesse, quatre mots tabous dans un paragraphe, c'était risqué.


« Et bien non Manuel, nous devons être le parti de la création et du partage des richesses, et non pas celui d'une oligarchie de profiteurs qui vivent du travail des autres. Ca commence à être énervant ce mythe de l'entrepreneur! »
Et c'est parti. Les entrepreneurs sont des profiteurs qui vivent du travail des autres. Passons sur le mythe du patron qui se repose et spolie ses salariés, pour cerner la notion d'entrepreneur. Un indépendant en entreprise individuelle en est un. Et, attention scoop, il bosse. Souvent beaucoup, pour s'en tirer avec les charges importantes dont il doit s'acquitter.
Un dirigeant de PME n'a pas le luxe de glander. Il travaille au moins autant que ses salariés (auxquels il a donné un emploi, au passage), et est loin de gagner des mille et des cents, les comptes d'une telle activité n'étant souvent pas très larges. La PME qui se fait plein de sous, paie ses employés au SMIC, et rémunère son chef par wagons de lingots, ça n'est pas un mythe, mais un fantasme de gauchistes.
Quant aux multinationales qui paient bien leurs dirigeants, c'est un autre problème, car les responsabilités n'ont absolument rien à voir avec les cas précédents. Ne pensez pas que j'esquive la question, mais elle mériterait un article à elle seule. Cependant, les gros patrons des grosses sociétés représentent une proportion tellement infime des "entrepreneurs" qu'il n'est pas malheureux de les ignorer quand on tente de généraliser sur ces derniers.
Ainsi, qualifier l'entrepreneur (« celui qui entreprend quelque chose ») de profiteur qui vit du travail des autres atteint le paroxysme du pathétique. Oui, nous avons besoin d'entrepreneurs. Nous avons besoin d'initiatives. Et enfin d'entreprises, qui, petit rappel, emploient des salariés.
Mais ce n'est même pas le propos du député socialiste, qui affirme seulement que le PS doit également rassembler cette catégorie de personne, et ne pas se limiter au milieu des ouvriers et des salariés. Car non, le Parti Socialiste n'a pas vocation à être le parti des travailleurs ni à mépriser les patrons. Il doit défendre l'intérêt de la société... comme de chacun.
Si vous comptez refonder en haïssant une partie de la population et en n'en représentant qu'une autre, le résultat sera pire qu'au départ ; épargnez-nous vos démarches. Le mythe de l'entrepreneur profiteur n'est pas énervant, seulement insupportable.


« Manuel Valls n'est pas à l'UMP, ni au MoDem, ni au MPF, ni non plus au Front national, c'est à dire dans les formations politiques qui ressassent exactement le même discours libéral sur "l'assistanat" et "l'entreprise" depuis des années. Non non, pas du tout. Il est au Parti "socialiste". Dont il paraît qu'il est de gauche. Sauf que non. Manuel Valls est de droite. »
Associer l'entreprenariat à la droite, c'est un peu comme réduire La Marseillaise à l'UMP, à la Maxime Pisano.
Et c'est succomber au même dogme pour lequel aborder les notions de pays et de patrie est une démarche de droite que de croire qu'il est contre-nature de s'adresser également aux non-ouvriers/salariés.
On n'a pas plus raison qu'on ne gagne les élections en ne s'adressant qu'à certaines personnes, qui plus est selon leur statut social. On ne décide pas pour les travailleurs ni contre les entrepreneurs (oui CSP, je suis le petit con MJS qui pense avoir tout compris, je peux dire ce qu'il faut faire et ne pas faire). Et si c'est être de droite que de vouloir gouverner pour tous, c'est triste pour la gauche. Ah, j'oubliais, ça vient d'un extrémiste de la LCR, c'est bon alors.


« Le travail comme valeur, l’assistanat… A ce niveau, ce n’est même plus une gauche de renoncement, c’est de l’abandon pur et simple! »
J'aime bien la définition de Wikipédia sur le sujet : « la valeur travail est notamment opposée à la valeur produite par les marchés financiers considérée par certains comme immorale car ne résultant pas d'un travail. » Oui, un travailleur a une valeur, il passe 35h par semaine (ou plus) à bosser. Mais pour certains, le concept est honteux, car il donne aux ouvriers, salariés, patrons, un certain mérite.
Pour l'assistanat, là où Valls reconnaît l'importance des employés et accorde un poids à leur travail, il doit dire que nous ne pouvons pas être favorables au versement perpétuel d'une aide aux démunis et sans-emplois, mais à la sortie de leur situation. Certains voient dans cette position une stigmatisation des chômeurs. C'est une erreur d'interprétation, car il est entendu qu'ils ne choisissent pas leur situation et désirent trouver un boulot.
Le député, en se prononçant pour l'insertion professionnelle plutôt que le soutien financier à vie, abonde dans ce sens.
La définition de Wikipédia de l'assistanat est également intéressante pour comprendre sa position : « les sociaux-démocrates et les sociologues emploient ce terme afin de dénoncer les insuffisances d’un système de redistribution qui ne permet pas à ceux qui en bénéficient d’améliorer leur situation et d’accéder à une réelle autonomie. Dans ce sens, ils considèrent que les dispositifs de redistribution mis en place doivent être améliorés afin de favoriser le progrès social. » Dénoncer ces positions en les assimilant à un abandon des convictions de gauche relève de l'obscurantisme idéologique souvent observable chez les TàGueurs/TàGuiens/TàGuistes/TàGueule.


Accusation, un bonus ?


Le deuxième sujet essentiel, c’est celui de l’autorité, qui est en crise. Une société a besoin de règles et d’ordre.

« Quand on sait que le premier point qu’il recommande, c’est d’admettre définitivement l’économie de marché, la distance de Valls avec les fondamentaux de la gauche commence à être sérieuse… »
Apparemment, la demoiselle a même du mal avec la reconnaissance de l'économie de marché. Et dire que Benoît Hamon et consorts basent une bonne partie de leur discours anti-social-démocratie sur ce point : « pas besoin de dire qu'on l'a accepté, on est dedans, tout le monde est d'accord là-dessus ». Et bien... non. Enfin, pour le coup, ce n'est pas Valls qui est critiqué, mais la majorité du PS. Admettre l'économie de marché ? Au bûcher, traîtres ! D'abord, c'est faux, on n'est pas dedans, et quand bien même, on peut toujours en sortir : devenons communistes ! Et si ça n'est pas ton idéal, tu t'éloignes des fondamentaux de gauche.
Pareil donc pour l'autorité et l'ordre, qui semblent être incompatibles avec nos valeurs d'après Clémentine Autain. Pourquoi attaquer perpétuellement ces notions, qui sont pourtant indispensables au bon fonctionnement d'une société ? Sans ces éléments, notre système serait anomique...
Quant à la "crise de l'autorité" dénoncée par le socialiste, je ne peux que l'appuyer, pour avoir été au collège et au lycée ces dernières années. Et je ferais mon vieux con en disant qu'en effet, ordre et autorité ne sont presque plus que des mots creux à ces niveaux.
Et je ferais également le mec de mauvaise foi en pensant à tous les régimes ne reposant pas sur l'économie de marché (et encore) que Clémentine Autain et autres CSP semblent défendre, et à leur rapport si particulier avec l'ordre et l'autorité.


Même si Manuel Valls n'y est pas allé avec des pincettes, la levée de boucliers qui a eu lieu à son encontre est révélatrice des nombreux tabous de la gauche d'aujourd'hui. Qu'ils portent sur la patrie, l'assistanat, le consensus, les entreprises, les sans-papiers, le travail ou l'ordre, ils sont nombreux et font obstacle à toute évolution de nos positions. Jamais nous n'évoluerons ainsi, et encore moins en réagissant instinctivement à certains mots-clés dans un article du Figaro en hurlant au loup sarkozyste sans même comprendre le sens des phrases dont ils sont tirées.

mardi 20 novembre 2007

Parti, ô désespoir

Parfois, je tape sur le MJS, mais parfois, le PS mériterait aussi de s'en prendre plein dans la poire.


Nous sommes en pleine préparation des municipales. Les sections ont élu leur représentant, sauf dans quelques villes comme Orly, et choisi ainsi celui ou celle qu'ils souhaitent voir mener la tête de liste en mars 2008. Avec quelques complications dans certains endroits.
À Boissy par exemple, le candidat naturel de la section a vu arriver au dernier moment une concurrente surprise, la secrétaire fédérale du Val-de-Marne, Michèle Sabban. Elle comptait sur son égo et son aura pour s'imposer, mais la seconde caractéristique n'arrivant pas à la cheville de la première, elle n'a fait qu'un score piteux. Son adversaire, Régis Charbonnier, a obtenu autant de voix que ne l'aurait fait Thierry Atlan s'il avait pu organiser un vote : 79%.
« Eh bien. Justice est faite ! Arrête de nous emmerder. » Oui, mais non, haha mon ami, comme tu es naïf, ce serait trop simple.
En fait, elle a choisi de profiter de son statut, parce que être première fédérale pour s'emmerder avec ces procédures que même un fils d'immigré il s'en fout ben faut pas déconner, surtout qu'elle la veut l'investiture à Boissy alors hein bon. C'est ainsi qu'elle sort, avec son fidèle acolyte Serge Lagauche, une circulaire annonçant la liste des municipalités réservées aux femmes. Car il faut être à la pointe dans le domaine de la parité, vous comprenez.
Oh, Boissy figure dedans ! Ça c'est une coïncidence, mais bon, elle ne va pas cracher dessus. Michèle Sabban va donc être la candidate PS à Boissy, parce que c'est une femme. Pas car elle est compétente, ni car elle a réussi à s'imposer intelligemment, ni car elle a le moindre centigramme de mérite, ni car elle connaît les dossiers de la ville, mais car elle a été dotée d'une longue chevelure par notre créateur ou la nature. C'est à croire que le destin voulait qu'elle soit la candidate de Boissy en 2008.
Enfin, cette nouveauté a un inconvénient : il faut bien qu'il y ait autant de villes femme que de villes homme. Et c'est ainsi que la mienne s'est vue affubler d'une mention "Réservée". Le problème, c'est que la fédération a laissé, comme à Boissy, un mâle se présenter... et gagner. La différence s'étant faite grâce aux voix du MJS (dépouillées à part, le vote secret ayant ses limites : sur 2, 2 furent pour Philippe Rosaire) (et dont je ne faisais pas partie), les votants se sont fait reprocher leur choix car il aurait été plus pratique pour la fédé qu'ils donnent l'avantage à la nana.
Reste qu'il a remporté l'élection interne. Cependant, la fédération lui a fait savoir qu'elle comptait donner une recommandation... en faveur de sa concurrente déchue. Qui ne s'en est pas plaint, mais a essayé de sauver son honneur en cachant son opportunisme, raté, d'ailleurs. Et hop, comme à Boissy, la perdante allait devenir tête de liste car c'est une femme, alors que l'homme connaît parfaitement les dossiers de la ville en tant que conseiller municipal depuis 2001.
Heureusement, le conseil fédéral à ciel ouvert du 19/11 a vu, semble-t-il, les responsables de la fédération retourner leur veste. Contrairement à ce qu'ils avaient indiqué en privé au candidat, ils se sont prononcés de faveur de sa désignation, à condition qu'il associe à part égale son ex-adversaire (!). Reste l'épée de Damoclès du National, qui peut toujours changer d'avis s'il s'avise d'écouter la lettre jointe par la prétendante déchue, trésor d'ambiguïté et de non-dits. A priori, ce ne sera pas le cas, mais le doute existe...


On est donc dans une situation où le parti interdit déjà aux désignés de se faire connaître en tant que tels avant l'officialisation des investitures le 15 décembre, mais où nous travaillons en plus sans savoir quelle sera la décision finale des instances nationales. Nos trois adversaires principaux en sont aujourd'hui à leur second tract. Notre premier du nom sera distribué dans un mois et demi au plus tôt, car on ne dispose pas du matériel qui sera proposé par la fédération, ni de l'assurance de la tête qui figurera dessus. Comment lutter à armes égales dans ces conditions ?



Chers Socialistes du 10,

Nous sommes dans une municipalité très difficile pour la Gauche. Nous avons besoin de soutien et d'organisation.
Cependant, vous avez décidé de choisir les candidats 4 mois avant les élections, ce qui est une aberration que les superlatifs me manquent pour qualifier. Comment faire connaître la personne qui sera soumise au scrutin des habitants en 4 mois... à une ville de 75000 habitants ?
Vous ne basez vos préférences que sur l'avis de la fédération et pas sur le vote des militants, ce qui conduit à un déni de démocratie souvent impressionnant de par son ampleur, et ça pour imposer vos amis un peu partout. « Tu as été gentille Michèle, tu ne nous as pas embêté, allez tiens, attrape ta candidature dans une ville que tu n'habites même pas. »
Enfin, et je peux parler du futur au passé, vous nous avez fait perdre, plus, vous nous avez fait faire un mauvais score.

Cordialement. Bonne rénovation.