...ou comment la fédération de Seine Saint-Denis a été suspendue en pleine campagne par les instances nationales du MJS. Je vais essayer de faire état de cette histoire sans être trop subjectif, ce qui pourtant sera le cas, même un petit peu, désolé.
Rien de mieux pour expliquer le point de départ que l'article d'une militante (on excusera son orthographe en la mettant sur le compte de l'émotion).
Quand vous serez suffisamment intrigué, lisez le billet de la fédération 93 qui donne sa version des choses. Il manque tout de même un lien pour compléter la panoplie des points de vue : on a le militant, la fédé, et alors, l'affaire selon le national ? Nada. En effet, l'organisation n'a pas communiqué sur le sujet et reste très discrète à propos de cette exclusion, dont on ne retrouve aucune mention sur le site national. Pas même dans la catégorie « Conseil National des 19 et 20 mai », qui a prononcé la décision. On peut comprendre que ces décisions restent internes, mais quand l'ex-fédération choisit de communiquer dessus, on pourrait aussi attendre un éclaircissement officiel.
Jetons maintenant un coup d'oeil à l'épisode de la mise sous tutelle, parce que c'est l'objet de ce billet, alors quand même.
D'après Valentin Saumier, l'(ex-)Animateur Fédéral de Seine Saint-Denis, la fédération apprend sa situation par le biais de ses représentants au Conseil National du 19/05/07. Les griefs officiels ne sont pas clairs, mais selon la fédération, il s'agit de réticence à faire adhérer de nouveaux membres, d'une campagne peu active, et de l'organisation de réunions secrètes dans des hôtels.
- Pour le premier point, on peut quand même s'interroger sur la motivation qui est prêtée aux Séquano-Dionysiens (que nous appellerons vulgairement Neuf-Troisiens, pour des raisons évidentes). Quel intérêt à décourager d'éventuels nouveaux adhérents ? En parcourant rapidement les statuts, on comprend vite que plus ils sont nombreux, plus la fédé pèse au niveau national (ou est moins insignifiante, question de point de vue), il faudrait donc expliquer où trouve-t-elle son avantage...
- À propos de leur campagne, le site du Parti Socialiste 93 évoque, illustration à l'appui, une caravane, et fait état d'une initiative « dynamique et joyeuse ».

L'interview réalisée par Radio Campus Paris donne aussi un aperçu de la vitalité des militants et témoigne de l'activité de la fédération. Sur le site, les comptes-rendu se suivent, très nombreux. Les horaires de la caravane sont costauds : 10h-17h, 9h-17h, 12h-17h30, 12h-18h, 11h30-16h, 10h30-17h30, 9h30-18h pendant 7 samedi en continu à partir du 3 mars. Plutôt impressionnant, non ? Personnellement, je ne pense pas que j'aurais tenu le rythme.
Il faut autant souligner l'existence – irrécusable – de leur action que sa qualité, également confirmée par la fédération du Parti Socialiste, jointe au téléphone : « [nous pouvons] témoigner qu'ils ne sont pas restés inactifs ! ».
- Reste le 3e point, les réunions secrètes dans des hôtels pour décrier l'organisation MJS. Oui, j'ai omis ce détail à l'instant, mais c'était pour entretenir le suspens (rusé comme technique, n'est-ce pas ?). Revenons à nos éléphants : c'est absolument aberrant.
- Tout d'abord, la liberté de réunion est un droit fondamental. Ainsi, si je souhaite faire une conférence (publique) sur le sujet « la démocratie au MJS », je peux le faire, encore heureux, en toute tranquillité. Je pourrais y dire tout ce que je pense du fonctionnement de notre organisation, et forcément, du coup, du mal (un peu, hein). Qui oserait me le reprocher ? Si j'ai des remarques à formuler, je suis libre de le faire, et même devant du monde, comme l'indique quantité de déclaration, de traités, et de paperasse démocratique dont nos dirigeants ont forcément déjà entendu parler. Et si le MJS me suspendait à la suite de sa tenue, ça ne ferait qu'illustrer à merveille le thème de ma réunion, je les en remercierai presque.
- Par conséquent, s'il s'agissait en plus d'une réunion secrète, c'est à dire si mon objectif n'était ni de salir ou de nuire à l'organisation, ni d'attirer l'attention sur son cruel manque de transparence, mais de formuler des inquiétudes, réfléchir sur ses lacunes, ou même proférer une (vive) critique, quels seraient mes torts ? Oser remettre en cause l'absence de démocratie totale au sein du MJS ? Ne pas être d'accord ? Exprimer, devant des personnes tierces, des critiques ? Mais, mais...
Rappelons que la mise sous tutelle ne peut survenir que pour cause de dysfonctionnement grave. Le dysfonctionnement grave, ici, serait de qualifier une réunion comme telle. À noter que j'ai utilisé l'exemple de ma conférence sur la démocratie au MJS. Si je n'ai pas choisi celui de nos amis Neuf-Troisiens, c'est car je ne crois pas à ces histoires de complot dont ils se font les rapporteurs. Choisir un hôtel comme lieu de réunion est aussi coûteux que stupide, et avec toute l'activité qui fut la leur pendant la campagne, n'avaient-ils pas bien autre chose à faire ?
Mais tout ça n'est que mon opinion, qui vaut ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose de plus qu'une opinion. Confrontons un peu les faits, car bien que les instances nationales soient vraiment très fortes, je ne pense pas non plus qu'elles aient monté cette histoire de toutes pièces.
J'ai donc cherché à joindre le MJS pour obtenir une version plus officielle des faits. Seule la responsable de la presse étant, soi-disant, apte à me répondre, je dois patienter quelques jours qu'elle soit disponible, car apparemment en préparation du congrès de Bordeaux. Après de nombreuses relances, on me rappelle enfin. Il ne s'agit d'ailleurs pas de la fameuse responsable, mais d'une personne apparemment bien au courant, qui ne me donnera pas son identité.
Je discute en tant que journaliste dans le magazine de mon lycée, car je n'exclue pas au départ d'y publier cet article (idée maintenant abandonnée, on entre beaucoup trop dans les querelles intestino-intestines du MJS, ce qui intéresserait nos lecteurs de la même façon que l'évolution des revenus des aveugles albinos du Botswana), ce qui ne fut pas de trop lorsque mon interlocuteur me demande, inquisiteur, à quelque titre posé-je ces questions.
Il insiste tout d'abord sur la nuance entre exclusion/suspension et mise sous tutelle quand je fais l'assimilation en lui demandant la motivation officielle de cette décision ; puis il évoque la cause, le fameux « dysfonctionnement grave », qui n'est « bien entendu pas du tout » l'existence de réunions dans des hôtels. Je disais plus haut ne pas penser que les instances nationales aient pu tout inventer. L'inverse est aussi valable : je ne pense pas que la fédération de Seine Saint-Denis ait créé de toutes pièces une telle justification ! Qu'importe, je n'en saurai pas plus sur le sujet. La personne qui me répond invoque un motif tout autre : aucune assemblée générale n'aurait été tenue pendant plus de 6 semaines. Oui mais. Les statuts imposent bien cette fréquence de réunion, mais ne prévoient comme sanction en cas de non-respect que la dissolution du collectif fédéral et l'organisation d'une assemblée générale élective dans un délai d'un mois. La mise sous tutelle est une toute autre chose, comme il me l'a gentiment été rappelé au début de notre entretien : toutes les responsabilités sont retirées des mains des adhérents, et c'est le bureau national qui prend la relève et dirige la fédération. Il y a donc une autre cause, plus grave (si c'est le cas, je n'en serais pas informé), ou non-respect des statuts...
Je lui fait ensuite part de mon étonnement quand au calendrier de cette décision : pourquoi en plein dans les législatives, alors qu'ils militaient avec le Parti Socialiste pour une importante bataille ? Elle aurait été prise à ce moment pour que le MJS soit, justement, en « ordre de marche pour les législatives ». Je ne vois pas bien comment une mise sous tutelle peut servir l'intérêt des socialistes et renforcer une fédération ! Ne devrait-on pas essayer de mettre tous nos désaccords de côté pendant les périodes électorales, afin de se concentrer sur ce qui mérite notre attention ? Quelqu'en ait été la motivation, était-il nécessaire de prononcer cette sentence à ce moment là ?
L'excuse de l'investissement nécessité par la campagne empêchant de faire fonctionner correctement la fédé en parallèle est balayée d'un revers de manche : « les autres fédérations ont réussi sans aucun problème à fonctionner selon les dispositions statutaires de notre organisation, celle-ci a choisi de fonctionner différemment ; nous avons été indulgents pendant de longs mois et à un moment la décision doit s'imposer ».
Car l'absence d'assemblées générales régulières aurait duré « plusieurs mois » et les instances nationales auraient informé à de nombreuses reprises les fautifs, ce qui ne correspond pas à la version des faits de l'ex-animateur fédéral. En m'entendant demander pourquoi la fédération dit ne pas avoir été tenue au courant de ces problèmes, mon interlocuteur change de ton et me demande, soupçonneux, le nom du journal et l'établissement auxquels j'appartiens ! Il affirme ensuite qu'il n'y a pas la moindre obligation de dialogue, et qu'il y a eu suffisamment de « discussions pendant la campagne pour leur rappeler les statuts » ; il était seulement nécessaire de permettre à la fédération de fonctionner à nouveau correctement, ce qu'ils ont fait.
Pour conclure, je cherche à savoir s'il s'agit là du seul motif invoqué : non, « il y en a d'autres ». Mais je ne les connaitrai pas, mon interlocuteur choisissant de respecter un certain secret à propos des délibérations du Conseil National. Je lui demande également sa réaction vis-à-vis des déclarations de la fédération du 93, dont il me confirme avoir pris connaissance : « pas beaucoup de bien ». Mais il ne souhaite pas « chercher à savoir si c'est vrai », une décision a été prise, il faut s'y plier.
Il ne me communiquera pas son nom : « ce genre de choses, c'est interne, je vous renseigne parce que vous nous rappelez de manière incessante [ndr : si ça peut conduire à avoir des réponses, c'est avec grand plaisir !], mais d'habitude c'est confidentiel », et me demandera d'« éviter de faire un article sur la situation car ça pourrait envenimer la vie de cette fédération », tout en me laissant la « responsabilité » de la décision – je lui en suis gré. Partagé entre d'un côté reconnaissance (j'ai eu des explications) et appréhension d'être plus tard accusé de plomber l'organisation, et d'un autre, nécessité de parler de cette décision apparemment (en partie, tout du moins) arbitraire et un peu remonté par les non-dits de mon interlocuteur, je remets mon choix à plus tard, et continue d'écrire cet article sans savoir si il sera réellement mis en ligne (mais si vous lisez ces mots, il l'a été, selon toute vraisemblance).
Après cet entretien, une interrogation me saute à la gueule : aurais-je (pauvrement) disserté sur la liberté de réunion et essayé de faire un bilan de leur campagne... pour rien ? Afin de vérifier si les coups de l'hôtel et du manque d'investissement ont bien existés, rien de mieux que de demander à quelqu'un qui était présent à ce Conseil National des 19 et 20 mai 2007... Pas facile de trouver un volontaire. Mais quand l'un des membres du BN accepte de me dire que le motif des hôtels a bien été utilisé lors du Conseil National, je m'en contente aisément. Il rajoute quand même que la fédération n'est pas exempte de reproches, en ayant choisi de mener ses actions aux côtés de la Ségosphère plutôt que du MJS (on connaît – ou pas – le combat fratricide entre ce fan-club bon à secouer des ballons en chantant "Ségolène, la victoire sera au rendez-vous" et le MJS qui faisait la campagne), ou en manifestant avec la FIDL plutôt qu'avec le cortège de l'organisation lors du CPE. Des reproches déjà plus sensés, dont on se (je me ?) demande pourquoi n'ont-ils pas été avancés par mon interlocuteur ?
Retour à Valentin Saumier, pour lui demander d'où vient vraiment cette histoire hôtelière qui nous intrigue depuis le début. Il se souvient en effet d'une vague histoire lors du meeting de Villepinte : la Ségorectangle avait loué un hôtel pour héberger ses groupies, et des militants du MJS 93 s'y étaient glissés. D'ailleurs, il n'y était pas, un comble : une fédération qui organise des réunions secrètes sans son Animateur Fédéral...
Pour expliquer la décision, il évoque plusieurs différents avec les instances nationales, comme par exemple (toujours) à Villepinte, où ils se firent accuser d'avoir « trahi le MJS » car n'ayant pas participé à la bataille pour les places de devant contre la Ségocube ; ils devaient aider la fédération du PS à organiser le rendez-vous. D'ailleurs, les bonnes relations qu'ils entretenaient avec la Ségotriangle étaient également suspectes. Si on ajoute à ça le fait que la fédération était à tendance Drayiste (au moins, on ne m'accusera pas de sympathie idéologique), la seule restante du courant Gauche Socialiste, on obtient un climat propice à une mise sous tutelle bien sentie.
Cependant, Valentin ne nie pas les reproches formulés par le National : « on a fait des conneries statutaires, pendant les campagnes c'est pas la première chose que je regarde, les statuts on les met entre parenthèses », et reconnait ne pas avoir tenu d'assemblée générale à cette période, mais seulement des réunions informelles. On sait la sanction prévue dans ce cas, qui n'est pas la mise sous tutelle.
Il ajoute qu'on leur aurait également reproché lors du Conseil National d'avoir refusé de faire adhérer des gens précis, qu'ils ne connaissaient pourtant ni d'Eve ni d'Adam !
L'ex-AF réfute par contre l'affirmation de mon interlocuteur du National : ils n'ont jamais été prévenus d'un quelconque manquement, et la nouvelle leur est tombée dessus par surprise.
Concluons enfin. À l'évidence, la fédération de Seine Saint-Denis n'a pas vraiment respecté les statuts pendant la campagne. Cependant, ils ont été punis bien au-delà de ce que prévoyaient les règles qui régissent le MJS, et sous des prétextes grossiers. Qui accorde de l'importance au rythme des assemblées générales en période de campagne ? Ils se sont énormément investis pour faire gagner la gauche (57% pour Royal dans le département), et c'est la seule chose qui aurait du avoir du poids. Oui, ils étaient isolés politiquement avec des convictions qu'ils ne partageaient pas avec le reste du MJS, et alors ? D'autant que Valentin Saumier précise qu'ils essayaient de faire la part des choses entre fédération et courant.
Bien sûr, les relations entre MJS et Ségoboule étaient tendues pour des raisons compréhensibles, et la proximité entre les deux structures dans le 93 a pu être mal vécue. Cela justifie-t-il une telle mesure ?
De plus, que dire aux nouveaux adhérents recrutés pendant la campagne ? Tu es venu au MJS, on a agi ensemble, on a fait tout ce qu'on a pu, on a gagné dans le département, on est virés !
Non, la fédération de Seine Saint-Denis n'est pas exempte de reproches et n'a certainement pas été parfaite, bien que je pense qu'aucune fédération n'ait pu l'être. Ça n'explique ni la mise sous tutelle ni son calendrier : prononcer une telle sanction entre les présidentielles et les législatives est inexplicable ! Il restait une élection à défendre, et le National a choisit de dégoûter les militants à ce moment.
Rien ne leur coûtait d'attendre pour en discuter calmement avec les parties concernées.
Ce ne fut pas le cas, car le but n'était pas de remettre les choses en ordre, mais de virer les emmerdeurs.